Les pigments de Van Gogh, Gauguin ou Monet sont-ils solubles dans une étude colorimétrique ?
Dans une démarche plus artistique que scientifique, Arthur Buxton (son site : www.arthurbuxton.com) nous livre des tableaux tout à fait fascinants*. Mesurant les principaux tons de couleurs des plus grandes oeuvres d’un panel de peintres du tournant du XXe siècle, cet artiste les restitue sous la forme de diagrammes circulaires qui, réalisés en séries, nous offrent une vision inédite de la palette de nuances de leurs auteurs respectifs ! Finalement, une telle démarche relève bien d’une volonté de data visualization qui n’est pas sans applications possibles dans le champ de l’histoire de l’art.
Follow @arthurbuxtonClé de lecture : les diagrammes reproduisent toujours les 5 couleurs principales des tableaux analysés.
Claude Monet (1840-1926)
Paul Gauguin (1848-1903)
Vincent Van Gogh (1853-1890)
Henri Matisse (1869-1954)
August Macke (1887-1914)
Dix artistes sur une décennie : colorimétries comparées
Le tableau suivant met en perspective 11 oeuvres représentatives de 10 artistes contemporains pendant une décennie, à savoir Claude Monet, Auguste Renoir, Pissarro**, Edgar Degas, Paul Cézanne, Paul Signac, Paul Gauguin, Edvard Munch, Henri (Douanier) Rousseau et Henri Matisse.
Commentaire
Difficile d’y observer toutefois des tendances lourdes, tant le style de chaque artiste est particulier, propre à des goûts et intentions picturales qui, même si elles participent toutes du même "genre", ne suivent visiblement pas des modes basées sur les tonalités colorimétriques. D’ailleurs, le fait de ne sélectionner qu’une seule oeuvre par année, alors que certains peintres ont été généralement beaucoup plus prolifiques, pose la question de la représentativité de ce tableau par rapport au reste de la production. Les observations les plus probantes sont donc à faire à l’intérieur même des corpus d’artistes, c’est-à-dire par exemple dans l’analyse de l’oeuvre de Vincent Van Gogh à part entière, qui témoigne d’une utilisation très marquée des tons jaunes-ocre.
De plus, le statut d’artiste dont dispose l’auteur de ces diagrammes l’affranchit de devoir expliquer sa démarche. Un usage scientifique de ses travaux nécessiterait par exemple qu’il communique sur la méthodologie usitée : lorsqu’il choisit les cinq couleurs les plus fréquentes dans une toile, pour la représentation en diagramme, comment définit-il une couleur ? Est-ce que les couleurs bleu et bleu azur sont confondues ? De même, quel pourcentage de la toile représentent cinq couleurs ? Parfois 100% comme dans un Rothko (pas présent dans cette étude), et moins de 50% dans une toile plus riche en couleurs diverses comme Les canotiers à Chatou d’Auguste Renoir ? Ce choix artistique (des diagrammes avec une dizaine d’entrées seraient illisibles) de l’auteur nous retient de proposer des conclusions. Cela n’est manifestement pas non plus son intention. Attribuons-lui le mérite de soulever d’intéressantes questions de recherche !
Les "humanités numériques" de la peinture ?
Méthodologiquement parlant, il manque à ces réalisations une explication sur la mesure précise des couleurs pour leur attribuer une légitimité scientifique. Cela n’en est-il pas moins une approche digne des humanités numériques ? D’ailleurs, quelle application des humanités numériques peut-on envisager pour les Beaux-Arts ? Nous nous réjouissons d’avoir vos avis éclairés sur la question !
Bonus
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Arthur Buxton ne se limite pas aux oeuvres des grands noms de la peinture occidentale (voir son site), il nous livre également un petit tableau que nous vous soumettons en bonus récréatif : saurez-vous reconnaître votre branche chocolatée favorite ? Un exercice pas si évident mais qui questionne de manière ludique l’importance et le rôle des couleurs dans les produits de consommation courante.
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*Les diagrammes présentés dans cet article sont tous tirés de son site personnel. Les tableaux eux-mêmes proviennent de Wikimedia Commons et ont été choisis par l’auteur de cet article.
**Il faudra que l’auteur nous explique s’il s’agit de Camille ou de son fils Lucien, Camille ayant décédé en 1903…
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Un autre site passionnant : http://moviebarcode.tumblr.com/page/2
fait le travail pour les long-métrages. Explications d’un professionnel de la lumière : http://blog.montjovent.com/2011/03/palette-chromatique-des-films-en-un.html
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The Brush & Lens Time:
Ping: Beaux-arts : les grands peintres à l’épreuve de la colorimétrie | Art en France | Scoop.it·
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Quid d’une étude colorimétrique de Pierre Soulages?
Blague à part, très bon papier qui soulève de très bonnes questions. Maintenant je ne crois pas que les analyses colorimétriques soient la piste à explorer si ce n’est peut-être à partir de la fin du XIXème. Les périodes "bleue", "rose" etc. de Picasso par exemple.
Pour d’autres applications des humanités numériques, j’y réfléchis et on se boit un café à l’UNIL à l’occase
Ah ah ah, oui, je pense que Pierre Soulages mérite une petite étude ! (cela dit, on pourrait justement étudier les occurrences de très rares touches de couleur)
A disposition pour un café artistico-numérique !