Analyse de réseau⎜modéliser l’histoire de la philosophie

Quel philosophe et quelles influences ? L’histoire de la philosophie n’est pas un long fleuve tranquille et les implications des travaux et idées des précurseurs de la philosophie occidentale sont une source d’inspiration sans fin pour les générations de penseurs qui leur ont succédé. Le blog Drunk&Lampposts, en la personne de Simon Raper, nous propose une visualisation tout à fait surprenante des relations d’influence entre philosophes référencés sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Pegasus Data a obtenu de vous en fournir une traduction française (retrouvez l’article original) que nous augmentons de commentaires. Les vôtres sont également les bienvenus !

Pour faire court, Simon Raper a extrait toutes les informations "influencé par" des notices de tous les philosophes présents sur Wikipédia (anglophone) et les a utilisées pour modéliser un réseau avec Gephi. C’est un processus facile à répéter. Il pourrait être fait pour n’importe quel domaine au sein de Wikipedia car l’information y est constituée en réseau. L’auteur a choisi la philosophie parce que cette section est particulièrement bien entretenue. D’autre part, c’est un sujet qui l’intéresse et qu’il connait partiellement.

Le graphe complet de l’histoire de la philosophie

Cliquez pour afficher le graphe complet (8Mo).

Chaque philosophe est un nœud dans le réseau et les lignes entre elles (les arêtes, dans la terminologie de la théorie des graphes) représentent les lignes d’influence. Le noeud et le texte sont dimensionnés en fonction du nombre de connexions (entrantes et sortantes). L’algorithme qui permet de visualiser le graphique tend également à mettre les nœuds les plus connectés dans le centre du diagramme ce qui fait apparaître les philosophes les plus influents, en gros caractères, regroupés au centre. A première vue, il semble effectivement que les grandes figures de la tradition philosophique occidentale se retrouvent au centre du graphe. Il s’agira dans un second temps d’ajouter également une composante de direction aux arêtes (pointe des flèches).

Une des lacunes de cet affichage est que celui-ci ne tient compte que des lignes d’influence directes. L’influence d’un philosophe par un autre médiatisé par un tiers ne peut pas être représenté (il s’agirait par exemple de Sartre influencé par Hegel par l’intermédiaire de Kierkegaard, seuls des liens entre Hegel et Kierkegaard, puis Kierkegaard et Sartre seraient représentés). Cela explique probablement pourquoi Descartes est affiché plus petit qu’on ne pourrait l’attendre (son influence est certainement beaucoup transmise par ses "followers" directs). Il serait également préférable que les noeuds soient dimensionnés seulement en fonction du nombre de connexions sortantes (ceci dit, les différences seraient minimes).

Le graphe devient plus intéressant lorsque l’on utilise un outil d’identification de communautés de Gephi. Grosso modo, il identifie les groupes de philosophes qui sont plus reliés les uns aux autres que des philosophes d’autres groupes. La philosophie étant riches de traditions et écoles, c’est un bon test de voir si l’algorithme est capable de les distinguer tout seul !

Résultat : c’est une réussite. Ci-dessous nous pouvons voir la tradition dite continentale choisie en vert, issue de Hegel et Nietzsche, qui mène à Heidegger et de Sartre et se terminant en fin de XXe siècle. Il est intéressant de constater qu’il s’y forme un sous-groupe distinct, en violet, principalement influencé par Schopenhauer (hors du champ ici) et Freud.

La tradition continentale

Empirisme britannique, pragmatisme américain et tradition analytique

Et ce zoom sur la tradition analytique d’où émergent Frege, Hume, Russel et Wittgenstein. En haut et à gauche on peut voir l’école empirique britannique et les pragmatistes américains.

Il serait d’ailleurs intéressant de jouer avec le nombre de groupes mis en évidence par l’algorithme pour faire apparaître l’un ou l’autre sous-groupe dans les traditions philosophiques.

Comment réaliser un tel graphe ?

Simon Raper propose une marche à suivre pour réaliser de telles études. Comme toutes ses références et les articles qu’il cite sont en anglais, il ne nous semblait pas cohérent ni utile de vous proposer une traduction de cette partie de son article. Nous vous y renvoyons donc directement : Graphing the history of philosophy !

Une autre visualisation : The Graphe of Ideas

A la suite de Simon Raper, Griff de Griff’s Graphs a produit un graphe incluant toutes les entrées de Wikipédia comprenant la notion de "influencé par" (donc toutes les personnalités de la culture), intitulé "The Graphe of Ideas". Ci-dessous, le graphe total :

Cliquez pour visualiser le graphe en plein écran (26Mo).

Nous vous conseillons une visualisation plus appropriée en suivant ce lien (l’image originale faisant 7100×5000 pixels en 36Mégapixels, ce n’est pas particulièrement bien affiché dans un navigateur).

Se concentrer sur certaines disciplines/courants

Dans son post, Griff propose également la visualisation plus précise de certaines parties du graphe, comme par exemple cette vue des principaux "noeuds", les influenceurs de première importance parmi lesquels Nietzsche, Marx, Hegel, Schopenhauer, Dostoïesvski, Beckett, Goethe, Heidegger, Kierkegaard, Freud, Proust, Tolstoï, Kierkegaard et Rousseau :

Cliquez pour afficher l’image complète (4.3Mo).

Conclusion

Difficile de conclure sans rappeler que ces études ne visualisent pas les interactions réelles ou les influences assumées officiellement par les personnalités représentées mais uniquement les influences attribuées par des milliers d’utilisateurs de Wikipédia. Ces graphes n’ont donc pas d’autre vocation scientifique que de permettre la mise au point d’un outil de mise évidence de relations et de réseaux privilégiés. Ils n’en sont pas moins un exercice tout à fait intéressant.

Dans nombre d’études en "humanités numériques", les panels de "noeuds" (que cela soient des personnes, des événements, des documents, etc…) sont généralement moins nombreux. Il va de soi qu’une base de données incluant, par exemple, des données sur les correspondances entre les membres d’un panel de personnalité est infiniment plus longue à constituer (dépouiller toutes les correspondances) que la base de données de cet exemple, automatiquement récupérée depuis Wikipédia. Le travail du chercheur, c’est donc avant tout la compilation de données, la visualisation venant dans un deuxième temps.

A propos, n’hésitez pas à nous laisser vos remarques sous forme de commentaires ci-dessous. La méthodologie de ces graphes est, comme vous le remarquez, scientifiquement soumise à caution, partagez vos observations !
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35 réponses à “Analyse de réseau⎜modéliser l’histoire de la philosophie

  1. Très beau graphique, bravo à l’auteur. Ceci dit, cette représentation révèle plusieurs incongruités:
    1) On pourrait croire que la taille de chaque cercle démontre l’influence de chaque philosophe sur l’histoire de la philosophie. Mais avec toute l’admiration que j’ai pour l’œuvre de Schopenhauer (le dernier des grands philosophes systématiques), je doute qu’il soit juste de considérer que son influence soit plus grande que celle de Descartes.
    2) Les liens ne montrent pas l’importance de l’influence. En effet, on peut douter que l’influence de Descartes sur Leibniz soit égale à l’influence de Marx sur Arendt.
    3) Les liens ne font pas de cas des matières dans lesquels les philosophes ont été influencés. P.e. Berkeley (à propos, où est Berkeley dans le graphique?) a grandement influencé Kant en théorie de la connaissance, mais beaucoup moins en éthique.
    Bref, c’est un beau travail mais qui ne nous apprend pas grand-chose. Pour qu’il puisse devenir intéressant, il faudrait étudier les influences au niveau des idées et pas seulement des liens.

    • 1) Oui, mais c’est en partie expliqué par l’auteur du graphe : l’influence affichée est l’influence sur les successeurs directs du philosophe en question, et pas son influence globale cumulée.
      2-3) C’est clair ! Et c’est la plus importante lacune de ce graphe (mais, de manière générale, pour les humanités numériques) : la difficile prise en compte de l’aspect qualitatif !

      • Pour le point 1), j’avais bien vu l’explication de l’auteur, mais elle ne me convint pas entièrement. En effet, comment peut-on alors expliquer que des philosophes qui n’ont pas eu de disciples (ou très peu) soient mieux servis (p.e. Schopenhauer).
        Peut-être qu’il faut chercher une explication dans le champ couvert par les philosophes. L’influence de Descartes est énorme, mais il est souvent considéré comme l’auteur de deux principales thèses (la méthode et le cogito) alors que la philosophie de Schopenhauer touche directement un champ bien plus vaste (éthique, esthétique, métaphysique, etc), ce qui est peut-être de nature à favorises les liens dans wikipédia.
        Par ailleurs, il y a un certains nombres de noms que je ne m’attendrais pas à voir dans une liste de philosophes…

  2. C’est époustouflant. D’une rare beauté dans un secteur qui par son verbalisme et sa verbosité cache parfois l’attraction par la beauté.

    Malheureusement ici, la beauté cache des points importants qui ne peuvent être remplacé par un graphe statique:
    – l’organicité et irrationalité des transferts divers (savoir, idées, concepts) à l’intérieur d’une école de pensée, entre penseurs, géographiquement ou même à travers le temps (avec le danger ajouté des glissements sémantiques re: philo analytique et concepts historiques)
    – le statut historique d’une source et son état physique (livre, manuscrit, papyrus etc.), sa tradition (en forme de livre, texte ou citation) et sa réception (tronquée, complète, parasitée ou carrément fausse).
    – l’état de la citation d’autorité, ici explicite vs. implicite. (Ex.: une règle de base de l’étude d’éditeur en texte médiéval va vous apprendre que les citations explicites équivalent plus ou mois le nombres de citations implicites dans un texte. etc. … tout comme les nombres de manuscrits dont nous disposons maintenant ne sont qu’un tiers de la production initiale au Moyen-Age, tous perdu à travers l’histoire.)

    Je passe maintenant sur le jargon philo qui n’aide pas vraiment, pour passer à deux exemples précis qui me touchent (venant de la philo grecque, médiévale et bossant sur le transfert de la philo arabe en Europe au 13e s.):

    – Où est la masse énorme d’Anonymes et de livres d’école ou de florilèges (collection d’opinions d’autorités importantes) qui représentent une réalité imposante dans la formation de la pensée occidentale au Moyen-Age et donc une influence sans pareil?
    – En regardant Thomas d’Aquin, sa distance énorme avec Augustin et sa relative distance avec Aristote est choquante. La relative absence d’Averroès dans l’influence de Thomas par contre rend la choses tout simplement fausse (cf. théories d’individualisation ds. les questions disputées où il copie ouvertement la théorie d’Averroès manque d’une meilleur explication.)
    – En restant un moment sur Thomas et son appréciation d’Averroès: elle change. Au début de sa carrière universitaire Averroès est son mentor et le meilleur interprète d’Aristote. Lors de la ‘Somme contre les gentils’, cette appréciation tourne complètement où le penseur de Cordoba deviendra l’ultime corruptor du maître grec.

    Soit, ce point reste une énigme dans l’histoire et la recherche de la philosophie et le roman à suite est loin d’être terminé, mais même en tant que revirement personnel dans le développement intellectuel d’un penseur, de tel occurrences ne sauraient apparaitre dans un tel graphe où une flèche représente une influence qui égale une adaptation, a priori apprécié positivement. Mais, pourrait-on penser à la substance dualiste cartésienne sans les précurseurs médiévaux rejetés comme faux par lui ?

    Comme d’habitude, tant qu’on ne prend pas une formalisation comme schéma de réduction et de simplification, mais comme une approche sympa et une visualisation alleatoire parmis d’autres, cela reste très impressionant.

      • Merci Yseult pour ton commentaire.
        La pauvreté du graphe est aussi extrêmement frappante pour tout ce qui concerne l’Antiquité grecque, notamment les auteurs qui appartiennent à des catégories historiographiques reconstruites a posteriori (les Présocratiques et les Sophistes, pour ne citer qu’eux) ou des mouvements durables, et donc métastables, qui apparaissent fragmentés et dont l’École possède sur le graphe une existence à part entière (le Stoïcisme et les Stoïciens, donc). Quand on en est encore à débattre sur des questions théoriques fondamentales (qu’est-ce qui fait qu’un corpus est corpus ? qu’est-ce qu’un fragment ? qu’est-ce qu’un témoignage ? qu’est-ce qu’une source, une autorité, une influence dans l’Antiquité – cf. les six Aporemata de Glenn Most) ce type d’entreprise – toute séduisante soit-elle – reste assez vain.

      • @ Mlle_Juls D’accord avec votre analyse. Je soulèverais toutefois qu’ici le corpus est très bien défini (les pages des philosophes sur l’encyclopédie Wikipédia), et ce n’est pas de la faute de l’analyste (ou si "analyste" est trop fort, disons peut-être "metteur en espace", Simon Raper) si lacunes il y a.
        Son travail est donc plutôt une façon de faire remarquer à quel point Wikipédia manque de précision dans ces domaines très pointus de l’histoire de la philosophie !

        • Assez d’accord, avec Mme Juls et la réplique. Mais je me demande si on aurait pas pû prendre une Standford Encyclopedia (plus vieux sur le web que wiki si je ne m’abuse) ou même une Britannica de l’année dernière.
          Mais je pense que cela serait plus difficilement indexable.

          Autre pensée, il faudrait vraiment penser à refaire le travail, mais basé sur une analyse sémantique (cf. Semacle SA ici à Zürich montent le meilleur moteur de recherche semantique). La comparaison serait assez incroyable, à mon avis.

        • Oui, je pense clairement qu’il y a des "corpus" ou "bases de données" plus complètes que Wikipédia. On est ici en présence de la réalisation d’un mathématicien qui a pris l’encyclopédie la plus accessible pour lui en matière de récupération des données.

        • Je me suis mal exprimée, je voulais parler du problème de la complétude des corpus des auteurs antiques indexés, ce qui rejoignait le sujet abordé par Yseult de l’armée des Anonymes et des Pseudo-X dont le statut est réellement problématique lorsque l’on entreprend de réaliser un graph’ pareil.
          À qui attribuer le Certamen, qui a eu tant d’influence sur Nietzsche: à Hérodote, au Ps-Hérodote ou à Alcidamas d’Élée ? Et la Rhétorique à Alexandre ?
          À l’inverse, faut-il attribuer à Platon ou à Aristote/Aristoxène l’influence que le premier a eu sur l’école de Tübingen compte-tenu de la spécificité de leur position herméneutique (reconstruire les doctrines non-écrites de Platon via des témoignages aristotéliciens) ?
          Last but not least, qu’entend-on réellement par "oeuvre philosophique" ? Si Russell et (je suppose) ses Principia Mathematica apparaissent dans le graph’, pourquoi Lewis Carroll (qui a pourtant eu une influence décisive sur Deleuze) n’apparaît-il pas ?
          Bref, je souscris amplement à ce que disais Yseult. C’est fort joli dans la forme, mais l’entreprise me semble vaine dans le fond tant les problèmes théoriques soulevés sont nombreux (et inextricables).

      • Peut-être qu’il faudrait agréger les données de plusieurs Wikipedia : anglophone, espagnole, francophone, chinoise, arabe, etc.
        On pourrait ainsi diminuer les lacunes. Un graphe exhaustif est bien entendu impossible. Ou alors, il s’agit de convaincre les érudits de compléter les différentes Wikipedia. :)
        Peut-être d’ailleurs que ce graph parle des représentations des contributeurs (encadrées par les règles de Wikipedia, ce qui donne une espèce de moyenne des représentations "courantes"), plus que des traditions philosophiques eux-mêmes.

        • Bonsoir,

          Ce type d’expériences, à partir de plusieurs corpus multilingues issus de Wikipédia, est justement en cours de réalisation grâce aux chercheurs de la Stanford Encyclopedia of Philosophy. Je le présenterai le 19 novembre prochain lors de la journée consacrée à SemanticPedia et au DBpedia francophone : http://web-and-philosophy.org/announcements/progamme-definitif-de-la-journee-de-presentation-de-semanticpedia-19-novembre-2012/ (cf. dernière table-ronde).

          Une démo reprenant l’exemple imaginé par Simon Raper, retravaillée à partir du SemantricWebImport, plugin pour Gephi conçu par mes collègues d’Inria, sera également dévoilée (cf. http://wimmics.inria.fr/node/39).

          Bien cordialement,
          A.M.

        • Merci M. Monnin pour votre commentaire ! La Stanford Encyclopedia of Philosophy n’a-t-elle jamais communiqué à ce sujet ? Dans tous les cas, je suis personnellement très intéressé à connaître les résultats de ces expériences ! N’hésitez pas à partager avec nous les fruits de ce travail une fois le 19 novembre passé !

        • Bonjour à tous. Je suis très content à voir le niveau d’intérêt de ces questions, et heureux que mon équipe peut contribuer nos analyses. Petit correction: l’équipe qui fait ces analyses c’est l’InPhO (Indiana Philosophy Ontology – inpho.cogs.indiana.edu/). Nous avons des liens avec la Stanford Encyclopedia of Philosophy, mais l’InPho est un organisation indépendante.

        • @Alexandre @Martin – Merci pour vos réponses. Et @iGor, la question entre la représentation de la tradition et les représentations courantes m’intéresse beaucoup. Chez notre projet "InPhOSemantics" nous aurons bientôt la possibilité de faire des comparaisons entre plusieurs encyclopédies (SEP, IEP, Wikipedia) et la bibliographie de la PhilPapers (philpapers.org), qui contient 500.000 articles. Parce qu’une fonction traditionelle des encyclopédies est la description des traditions, je pense que nous pourrions découvrir des différences quantitatives entre ces sources. Par exemple, je m’intéresse à cette question: Le représentation de la philosophie dans les encyclopédies "sociales" (en.wikipedia, fr.wikipedia) est elle plus près de la situation représenté par PhilPapers ou plus près des encyclopédies avec éditeurs et redacteurs traditionelles (SEP, IEP)?

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  5. La méthodologie en soit me semble moins problématique que la source, qui
    –est non systématique dans la signification de "influencer"
    –comme l’ont relevé d’autres, ne permet pas de marquer la force du lien entre deux philosophes
    –délimite relativement mal le domaine de la "philosophie"
    Du coup, certaines choses peuvent apparaitre un peu incongrues, comme la présence de Baudelaire, celle du philosophe "Viennese Circle" ou l’absence de David Lewis (phil. analytique).
    Très spontanément, et quoiqu’entièrement incapable de réaliser une telle chose, j’ai eu envie de déplacer les noeuds pour que cela ressemble plus, comme l’indique le titre actuel, à une "histoire de la philosophie": en classant les noeuds par ordre chronologique (par exemple date moyenne entre naissance et mort; une autre variante serait de faire des "barres" entre naissance et mort) sur plusieurs axes temporels superposés qui pourraient correspondre, grosso modo, aux couleurs sur le graphe actuel (qui sont, si je comprends bien, des sortes de sous-communautés déterminées par l’outil cité).
    Une telle vision linéariserait un peu le graphe, mais permettrait de mieux saisir la dimension historique des influences (entre contemporains ou non, par exemple). Il me semble que la forme du nuage choisie créé passablement de confusion en l’état actuel, surtout sans nuances d’intensité dans les relations d’influence.

    • Oui, très juste remarque à propos de la forme globale du graphe : Cet aspect "sphérique" doit absolument être interrogé et doit être la cause d’interrogations pour les contributeurs de wikipédia (qui font des liens entre des philosophes temporellement très éloignés) et pour les historiens de la philosophie (est-ce un long fleuve tranquille, une linéarité, ou pas ?).

  6. Disons, pour préciser sans chinoiser, qu’il me semble que si l’on utilise le concept d’influence, alors la linéarité s’impose.
    En effet l’influence de X sur Y suppose que X a existé avant ou en même temps que Y. Sinon, on adopte une sorte de vision atemporelle de la notion d’influence qui ne me parait pas faire grand sens, à ce moment il faudrait parler simplement de liens (non directionnels).

  7. Un tel graphe est vraiment impressionnant! et je dois avouer que j’ai pris bien du plaisir à chercher les philosophes que je connais et à voir si le graphe rendait bien compte des zones d’influences; je pense que c’est un outil fort intéressant pour piquer la curiosité des étudiants débutants ou des gens qui s’intéressent à la philosophie en leur donnant un début d’idée de sa complexité et en les amenant peut-être à aller chercher plus loin.
    Car bien sûr, comme cela est déjà évident d’après les nombreux commentaires, un tel graphe pose des problèmes insurmontables. Pour ne pas reprendre ceux déjà annoncé, j’aurais juste voulu ajouter trois petites choses:
    1) Un tel graphe pose aussi des problèmes, non seulement pour les anonymes et les livres scolaires, mais aussi pour les fausses attributions, comme le Liber des causis attribué à tord à Aristote, ou les livres créés de toute part, comme La béatitude de l’âme qui est un patchwork de plusieurs différents textes.
    2) On ne peut rendre compte de ce que j’appelle les influences en négatif: lorsque l’on réagit contre quelqu’un – comment considérer la tradition analytique par exemple, sans la réaction à la philosophie de Meinong? ce genre d’influence est par ailleurs beaucoup plus difficile à tracer, étant donné que souvent les textes qui ont fait réagir des philosophes ne nous sont pas connus, car perdu physiquement ou perdu dans la masse.
    3) Même l’outil d’identification de communautés pose problème: par exemple, dans la tradition analytique, des auteurs ayant eu une influence de fond comme Brentano sont presque absent, ainsi que Husserl par exemple… mais comment analyser la formation de la tradition analytique sans parler de leur influence?

    Un tel graphe peut être un outil, mais il est à prendre avec des pincettes.

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