Débattre sur Twitter : 7 éléments de comportement

Il s’agit aujourd’hui de reprendre quelques uns des nombreux graphes produits jusqu’ici par Pegasus Data dans le cadre des débats Twitter de l’émission de radio "En ligne directe" (cliquez pour afficher tous les graphes) de RTS La Première. Ceux-ci sont généralement relativement simples à décrypter, on s’attardera toutefois à mettre en avant certains comportements directement observables par ce moyen de représentation.

Dans cet article, en cliquant sur les illustrations, vous retrouverez le graphe original du débat.

1. Le retweet

Les retweets (RT) sont les mal-aimés des débats Twitter de petite échelle, mais les massues des grands débats. Abonnés à leur hashtag, les débattants ne voient pas les RT des personnes qu’ils suivent déjà, ce qui élimine ce mode d’expression du débat instantané. Pourtant, c’est à force de retweets que de nouveaux mots-clés se hissent en TT (trending topics), un aspect essentiel des grands débats (le débat d’entre-deux tous Sarkozy/Hollande en est la figure paradigmatique).

Débat du 2 et 3 mai 2012 : Entre-deux tours Sarkozy-Hollande

La situation ci-dessus est le plus grand cas de retweets observés sur EnLD, évidemment favorisé par le contexte français. On observe de temps en temps ce genre de grappe dont les flèches sont toutes dirigées vers un intervenant.

Synthèse 1 : Retweeter quelqu’un, c’est donner du poids à son message, mais cela ne fait pas avancer le débat lui-même.

2. La mention d’un non-intervenant

A l’inverse d’un retweet qui est la mention d’un intervenant par un non-intervenant qui ne fait que retweeter un contenu, il arrive que des intervenants mentionnent des utilisateurs qui ne s’exprimeront eux-même jamais dans le débat. Leur ajout au graphe peut sembler inintéressant, mais certaines situations ont démontré leur utilité (par exemple lors du changement de nom de @Lamagouille en @Magaliphilip).

Débat du 2 mai : "Armée suisse, la plus nulle du monde ?"

Dans le cas encore emblématique du débat Sarkozy/Hollande, ces deux utilisateurs, bien que n’ayant jamais pris la parole (euh, pris le clavier) sur Twitter, se retrouvent en plein centre des graphes.

Synthèse 2 : Il n’est pas inutile de mentionner un "influenceur" externe au débat, signifier sa "présence" parfois centrale.

3. Le débat monopolisé

Il arrive qu’un cercle très restreint d’intervenants n’interagisse pendant plusieurs minutes, voire plusieurs heures, qu’avec le même réseau. Cela est très rapidement visible sur les graphes, qui montrent une épaisseur de connexions très importante.

Débat du 4 mai : Libéralisation des horaires d’ouverture des magasins.

Ci-dessus, situation particulièrement typique, un intervenant qui mène trois front différents (@barrylopez sur la libéralisation des horaires).

Débat du 2 mai : "L’armée suisse, la plus nulle du monde ?"

Configuration différente, les deux acteurs à l’extrémité de cette chaîne n’ont quasiment pas interagis l’un avec l’autre !

Synthèse 3 : Les sujets conflictuels favorisent l’apparition de blocs "exclusifs".

4. Le troll

(Ndlr : que les enfants aillent se coucher, ce sont des histoires qui font peur) Le "troll" est une désignation peut-être trop souvent utilisée avec une connotation péjorative puisque ce comportement est, au même titre que les autres, une façon d’interagir dans un débat. Le troll cannibalise généralement une discussion par un flux massif de commentaires, parfois/souvent provocateurs, parfois/souvent en décalage avec le sujet. L’aspect qualitatif de son action est difficile à juger sur les graphes, on voit par contre relativement rapidement le troll à la masse de tweets rédigés en un court laps de temps. Un point qui nous aidera à le remarquer sur les graphes également : il interagit avec un nombre important de personnes simultanément, ce qui le place fréquemment dans des positions spatialement "inconfortables" (au niveau du graphe, explication ci-dessous.

Débat du 21 mai : "Voitures en ville, zones 30km/h" Désolés, ce graphe n’a pas été publié et n’est pas disponible en meilleure résolution.

Dans l’exemple ci-dessus, @LeGrandSorcier_ a très manifestement "trollé" le débat sur la mobilité urbaine. Alors que notre algorithme de répartition cherche normalement à disposer les intervenant de façon homogène, confortable, cet utilisateur se retrouve dans une situation instable puisqu’il a participé à toutes les discussions déjà commencées conventionnellement par les autres utilisateurs. Quelle différence alors avec la journaliste hégémonique (voir ci-dessous élément 7) ? Celle-ci ne mentionne pas elle-même, elle est mentionnée, ce qui la place au centre d’un cercle homogène, pas au centre d’une toile dont les arêtes se croisent.

Synthèse 4 : To feed or not to feed the troll ? 

5. Quand le débat ne prend pas

Des soirs, les journalistes sont peu inspirés, un match de foot important (euh, ça peut être important un match de foot ?) se joue, l’actualité est un peu vide, les twittos sont fatigués… bref, le débat ne prend pas… D’un côté on trouve un journaliste qui relance, relance, relance sa question, et de l’autre, de petits groupes d’irréductibles :

Débat du 8 mai : "Grand Genève, concept prometteur ou maladroit ?"

Synthèse 5 : Bon alors, on le regarde quand même ce match ?

6. Le tête-à-tête

Cette situation, parfois étendue à un troisième contributeur, est très fréquente dans les débats "En ligne directe". Pire chou !

Débat du 9 mai : "Chômage en Suisse"

Synthèse 6 : Finalement, le but est de lancer son avis, peu importe que celui-ci suscite le débat, non ?

7. La position du médiateur : entre observateur et animateur

Ca fait beaucoup de mots en "-eur", on parle évidemment dans le cas d’#EnLD du/de la journaliste. Une fois identifiés les "médiateurs" du débat, leur comportement est vite analysé (je dirais même plus, au vu des dernières expériences d’En ligne directe, on les repère avant par leur comportement que par leur pseudo…).

Débat du 24 avril "Education sexuelle"

Il apparaît que dans la situation ci-dessus, les échanges n’ont que très rarement lieu entre participants, que toutes les interactions sont toujours menées avec la journaliste, dans une situation hégémonique ou elle est tout le temps mentionnée dans un jeu de questions/réponses… bref, loin de l’idéal du débat.

Débat du 16 mai : "Confier la démocratie au technocrate ou au politicien ?"

Dans cette seconde situation, le débat a très rapidement pris entre les intervenants, ce qui relaie la journaliste à une position d’observatrice. Elle demeure très centrale dans le débat (voir le graphe complet), mais est relativement peu mentionnée par les "top mover", le groupe d’une dizaine de débattants.

Synthèse 7 : S’affirmer et remettre en question le rôle du journaliste : "J’exprime mon avis, je ne suis pas seulement dans la réponse".

bref…

Il y a d’autres comportements qui vous étonnent ?
Hurry up, partagez vos observations en nous laissant un commentaire ! Pegasus Data est un projet participatif !

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7 réponses à “Débattre sur Twitter : 7 éléments de comportement

  1. Une ou deux réflexions.

    Pour le point 2: "mais certaines situations ont démontré leur utilité (par exemple lors du changement de nom de @Lamagouille en @Magaliphilip)." Dans ce cas précis, je pense qu’on a plus à faire à une "pollution" du débat principale par une discussion privée. Bon, ma remarque tombe à l’eau si Yannick a nettoyé cette pollution avant de faire son graph.

    Pour le point 4, je ne qualifierais pas @LeGrandSorcier_ de troll. Il a participé au débat de manière constructive, il a peut-être été un peu dur à certains moments, mais il a tout de même fait avancer le débat. On ne peut pas qualifier une personne qui essaye de défendre sa position et de répondre à toutes les sollicitations de troll.
    En fait, le problème principal, soulevé il y a 2-3 jours par plusieurs personnes, c’est que pour la plupart des sujets proposés, il y a un consensus sur la réponse à apporter à la question du jour. De ce fait, dès qu’il y a une personne qui nage à contre-courrant, tout le monde s’en donne à coeur joie, phénomène amplifié lors de ce débat par le fait que @LeGrandSorcier_ a répondu à tous les messages envoyés.

    • Merci de ces réflexions !
      (NB Pour ceux qui nous lisent sans tout comprendre : @lamagouille a modifier son username et s’appelle désormais @magaliphilip.)

      Dans le point 2, je crois en effet qu’on a affaire à une pollution, mais nettoyer @Lamagouille du graphe aurait fait sortir du graphe tous les utilisateurs qui n’ont interagis qu’avec elle ! Même "absente", elle doit être "présente" sur le graphe parce qu’elle est entrée en interaction, même si c’est malgré elle.
      L’exemple non nettoyé par excellence, le débat sur les indignés : http://pegasusdata.com/2012/05/22/debat-enld-mouvements-indignes-un-an-apres/ @lamagouille a autant d’arêtes (de connexions) que @magaliphilip !
      Imaginons un débat sur la politique de @BarackObama pendant lequel les intervenants le citent souvent, bien que lui n’intervienne jamais (à moins d’un miracle !). Sa seule présence dans le graphe témoigne de son influence, car il n’y a pas forcément besoin de tweeter pour être influent, non ?

      • Oui, effectivement, certains débats appellent à convier des utilisateurs dont on sait qu’ils ne répondront pas (comme dans le débat de hier soir sur la royauté, durant lequel @BritishMonarchy a été évoqué). Et ces tweets doivent en effet être pris en compte pour témoigner d’une direction qu’a pris la conversation.

        Dans le cas @lamagouille/@magaliphilip, je n’en appelais pas à une dépollution générale, mais à une dépollution ciblée sur la discussion annexe (à savoir le changement de pseudo). On ne peut effectivement pas effacer tous les tweets mentionnant @lamagouille car on était dans une phase transitoire durant laquelle tout le monde n’avait pas encore pris en compte le changement de pseudo.

    • A propos du point 4, je pense que @LeGrandSorcier_ répond à la définition de troll, mais ta remarque souligne en effet que c’est une définition qui n’est pas monolithique ! Pour moi, ce n’est pas négatif, il m’arrive d’ailleurs de faire preuve du même comportement "tout-azimut".
      Et tu relèves la difficulté du contre-courant et ses conséquences au niveau de la densification des échanges autour de celui qui s’affirme différemment, c’est un peu le cas du point 3 ici, qui montre des situations très tranchées. Ce qui distingue à mon sens le "troll" de "celui qui veut défendre son avis", c’est que le troll va lui-même chercher à répondre aux tweets d’intervenants dans un cercle très large, n’attendant pas d’être provoqué pour provoquer (encore une fois sans sens péjoratif, j’adore la provocation !), souvent même en répondant à des tweets qui n’ont pas de lien direct avec les idées qu’il défendrait s’il était "celui qui veut défendre son avis".

      • En même temps, le type de débat auquel on est confronté nous oblige à aller "chercher à répondre aux tweets d’intervenants dans un cercle très large, n’attendant pas d’être provoqué pour provoquer". Sinon, il n’y aurait pas débat, juste une série d’avis.

  2. Coucou, voici mes commentaires point par point (avant d’avoir lu ceux des autres).

    1. Ça ne fait pas avancer le débat, quoique… D’une part, ça permet de marquer une position : pas pour ceux qui y participent sur le moment et qui ne voient pas le retweet, mais pour l’auteur, qui se voit confirmer, et pour ceux qui viendraient dans le débat plus tard. D’autre part, ça ouvre le débat à d’autres contributeurs, qui pourront amener un contenu original.

    2. La disparition de @lamagouille s’est faite pour l’émission du 22 mai http://humanitesdigitales.files.wordpress.com/2012/05/avecrt_avecj_05_22.png Il faut préciser que les tweets "hommages" à la défunte ont été retirés de l’analyse de ce graphe.

    3. Bien vu ! À observer en détail avec la version animée. Ou en essayant une sorte de "profil temporel" ? (tweets à qui et à quelle tranche horaire)

    4. Concernant la qualité de l’image, on va régler ça rapidement. Et pour le troll, qu’on distingue mal sur l’image, c’est quand même 67 tweets comportant en tout 88 mentions. Alors, troll, ou pas troll ?

    5. Oui, ça peut être important. En même temps, ça devrait être le moment idéal pour tweeter, non ? (tout le monde ne semble pas avoir les mêmes habitudes que moi)

    6. Hem hem, très scientifique, ton jugement :P Remarque, ça peut être causé par l’heure à laquelle ces twittonautes participent au débat.

    7. Attention à l’utilisation de "graphe complet", car c’est ainsi qu’on appelle le graphe comportant tous les arcs possibles. Ça passera pour cette fois…

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